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Piratage et fibre optique : quand le gouvernement fonce dans le mur à tête baissée

by Bluetouff last modified 2008-10-08 19:10

Free a plus d'une fois fait les frais du zèle du gouvernement à lutter contre le piratage. Les fournisseurs d'accès sont de plus encouragés à sortir de leur neutralité et à participer activement à la lutte contre le piratage. Qu'est ce que tout ceci cache réellement et la fibre optique en fera t-elle les frais ?

Piratage et fibre optique : quand le gouvernement fonce dans le mur à tête baissée

Une ancienne publicité antipiratage du SNEP témoignant de la considération qu'il porte à 80% des internautes français

L'arrivée de la fibre optique inquiète fortement les sociétés d'auteurs qui accélèrent leur bataille juridique. Le gouvernement lui même est intervenu à plusieurs reprises ces derniers mois pour doter la France d'un arsenal législatif... HADOPI, riposte graduée, chartes FAI, simplification des procédures "non standard", constitution d'une police parallèle du net diligentée par des sociétés privées, organisation d'un terrain propice au filtrage global de l'Internet, tout y passe !

Le piratage des contenus soumis à droit d'auteur ou copyrightés est effectivement une problématique dont les producteurs de contenu s'inquiètent à juste titre. Cependant les méthodes pour lutter contre ce fléau sont loin de faire l'unanimité. Les récentes orientations du gouvernement visant à sanctionner les utilisateurs (jusqu'à la coupure de leur connexion domestique) est une inquiétante dérive qui n'occulte pas un fait : la bataille contre les vrais pirates,  les groupes qui mettent à disposition ces contenus sur des serveurs ftp, les boards, les réseaux p2p, les newsgroups et maintenant sites de streaming en réseau privé, voir crypté ... est perdue. Sans toutefois abandonner complètement leur traque, le constat est bien là : il est impossible de lutter de lutter contre eux, donc c'est à l'utilisateur final qu'on s'en prend.

Fin 2007, le ministère de la culture s'en prenait au service d'échange de fichiers lourds de free : http://dl.free.fr , dont le principe est d'envoyer ses fichiers sur un serveur en indiquant un mail pour la personne à qui il est destiné. Le soucis c'est qu'il tout a fait possible d'envoyer des films sur ces serveurs, et pire, c'est un jeux d'enfant de les retrouver en utilisant un moteur de recherche. Si vous n'en êtes pas convaincus : jugez en par vous même. Si on stigmatise le service de Free pour cet outil, il y en a un paquets qui sont autrement plus fournis de contenus pirates que ce de Free. Pire, le ministère de la culture lui même dispose d'un outil du même cru sur lequel il est tout à fait possible d'envoyer des contenus pirates (et il y en a sûrement déjà). Ce service est accessible ici :

http://zephyrin.ext.culture.fr/

Vous comprenez notre amusement quand Christine Albanelle invective Free pour dl.free.fr : « L’engagement de Free dans la lutte contre le piratage est un prérequis essentiel à l’examen de leur dossier » :)

NDLR : le dossier est très sensible puisqu'il s'agit de l'attribution de la 4e licence 3G ! le service de partage de fichiers aurait donc joué en la défaveur de l'opérateur pour l'achat de cette licence !

Arrivera t'elle à faire fermer ceux ci :

http://www.transferbigfiles.com
http://www.gigasize.com
http://www.yousendit.com
http://www3.bigupload.com
http://www.sendspace.com
http://www.driveway.com
http://filesanywhere.com

... la liste est loin d'être exhaustive, il doit en exister des milliers...

Il est évident que l'on se trompe d'ennemi, lutter contre ces outils en ligne revient à lutter contre internet lui même, il ne faut pas s'y tromper. Si on suit la logique actuelle des société d'auteurs, on peut qualifier d'outil pirate des outils aussi anodins qu'un client mail comme Outlook ou thunderbird, un webmail comme Gmail... qu'est ce qui va empêcher un internaute d'envoyer 50 mails avec pièces jointes qui une fois recomposées deviendront un DVD ? (c'est un peu ce principe qui est utilisé sur les fameux newsgroups binaries). Il faudrait également interdire le serveur web Apache qui a lui seul transforme votre ordinateur en serveur très performant pour échanger des fichiers de manière sécurisée (avec authentification et mod_ssl par exemple). Tous les logiciels clients ftp sont aussi des outils de "pirates"... cette absurde dérive réglementaire est bien ce vers quoi tend le gouvernement poussé par les sociétés d'auteurs. Ne riez pas, le risque est bien réel d'ailleurs c'est bien le logiciel libre qui est directement visé par les sociétés d'auteurs :

Ministère de la Culture le vendredi 18 novembre 2005 :

Le SNEP et la SCPP invectivent les acteurs du Logiciel Libre … je cite :

« Vous allez changer vos licences. »

« Vous allez arrêter de publier vos logiciels. »

Non content de sortir une telle ânerie le SNEP menace carrément, je (re)cite :

« poursuivre les auteurs de logiciels libres continuant de divulguer leur code source »

Mais qui sont ils pour dire d'aussi énormes bêtises ? Il y a tout d'abord la SACEM dont le thème de prédilection est "le piratage tue la création". C'est assurément l'argument le plus absurde qui n'ai jamais été avancé. Il suffit de se balader sur MySpace, Jamendo ou Dogmasic, pour se rendre compte que les artistes n'ont jamais autant créé et n'ont jamais autant fui le système classique de distribution. Et c'est bien ça le problème, la SACEM octroie des droits d'auteurs équivalents ou supérieurs au SMIC à moins d'un centaine de personnes en France (sûrement beaucoup moins) ... pourtant rien qu'en France, il y a plusieurs dizaines de milliers d'auteurs qui ne touchent que des sommes dérisoires quand ils sont sociétaires de la SACEM. Certains de ces auteurs arrivent même à sortir de la SACEM pour s'affilier à d'autres sociétés d'auteurs 'en Belgique notamment). Le fait qu'avec Internet, la SACEM et les sociétés d'auteurs n'arrivent plus à remplir leur rôle premier qui est de faire valoir les droits de propriété intellectuelle et d'en répartir les bénéfices aux artistes est un signe fort : elles ne servent plus à rien, elles sont devenues complètement anachroniques.

Il y a aussi le SNEP, la SCPP, la SDRM, la SACD ... oui ça fait beaucoup de monde, et il ne faut pas s'étonner qu'une fois tous ces organismes grassement payés, il reste moins d'un euro par disque vendu pour l'artiste... et l'artiste il en a assez ! Conséquence logique, il s'autoproduit. L'accessibilité du matériel numérique aidant, il est devenu facile de se passer de société de production, de société d'auteur et pire ... de l'intégralité du circuit de distribution grâce à l'Internet : à l’image de Manu Chao qui court-circuite toute la filière en se faisant distribuer dans des kiosques à journaux ou de Radiohead sur le net qui propose un prix pour son dernier album à la discrétion de l’internaute...

Avec l'arrivée imminente de la fibre optique dans les foyers, la question du piratage reviendra immanquablement sur le tapis, la récente charte en projet qui a été soumise aux fournisseurs d'accès prévoit même d'amputer la fibre optique de sa fonction première en bridant  l'envoi de données par le biais de quotas ! Si vous comptiez ouvrir une webtv, héberger un site web (...), sachez que c'est loin d'être gagné à moyen terme. La fibre optique nous promet à un accès à internet plus rapide que l'arsenal législatif pourrait bien réduire à du haut débit pas plus performant que de l'ADSL, un comble !

Le filtrage des ports, lui aussi est une aberration, il est enfantin de d'utiliser des redirections ou des protocoles dont le filtrage par un fournisseur d'accès sensé est impossible : les services FTP, SSH, HTTP ... en pratique ces mesures seront donc totalement inefficaces, tout comme les DRM furent un échec cuisant.

Pour l'instant, la seule chose à faire est de patienter pour savoir dasn quelles condition l'HADOPI viendra renforcer la lutte contre le piratage et bridé l'Internet hexagonal. Les fournisseurs d'accès de leur côté restent pour l'instant discrets sur les systèmes mis en oeuvre et savent pertinemment qu'ils sera enfantin de les contourner : dépenses inutiles pour des mesures stupides qui conforteront société d'auteurs et politiques et les enfermeront, toujours un peu plus, dans leur ignorance.

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