La fibre optique attendra 2020, vive l'ADSL, vive le Minitel, vive la France
C'est une avalanche de mauvaises nouvelles depuis quelques semaines, nous nous y attendions : l'Etat ne financera pas l'interconnexion optique des villes. Un coup de massue supplémentaire après les taxes sur les chiffre d'affaires des fournisseurs d'accès que les internautes financeront de leur poche. Et si la solution venait de nos régions ... vous savez celles qui ont du talent ;)
Le plan Numérique 2012 ressemble de plus en plus à une vaste fumisterie, il évince une fois de plus une question centrale de notre développement en matière de numérique : le financement très haut débit. Il s'agit d'un sujet que nous avons maintes fois abordés ici mais que la presse semble découvrir aujourd'hui. Il aura donc fallu un appel de l'ARF (l'association des régions de France) pour que l'Etat nous précise ses intention d'immobilisme. Eric Besson, en réponse, se dit contre un programme de financement des infrastructures optique, pourtant seul à même d'interconnecter les villes afin de permettre à 15 millions de foyers français (soit 90%) de la population, de profiter du très haut débit.
Seule issue possible ? L'apparition d'un ou plusieurs opérateurs de "transports" qui loueraient ces infrastructures aux fournisseurs d'accès ... Pourquoi ne pas créer des sociétés d'économie mixte au niveau des régions, capables de déployer ces infrastructures, puis de les louer aux fournisseurs d'accès trop frileux pour investir ? Suite à une telle décision, on imagine très bien Orange trouver 5 ou 6 milliards d'euros pour éviter de se retrouver dans la même situation que celle que l'opérateur historique a imposé aux autres fournisseurs d'accès avec l'ADSL sur les zones non dégroupées.
Les fournisseurs d'accès avaient pourtant proposé un financement commun de ces infrastructures, les régions ont dans l'ensemble suivi et certaines portent même ces financement à bout de bras ... seules ou avec l'aide de fournisseurs d'accès. Et là où l'Etat trouve sans problème un milliard d'euros pour financer la disparition de la publicité sur le service public pour faire plaisir à TF1 en plagiant mot à mot les suggestions du livre blanc de la chaîne privée (qui par la même occasion s'assure de récupérer quelques annonceurs et de faire monter les enchères), il rechigne à mettre la main à la poche pour déployer une infrastructure profitable à tous. Un splendide tour de passe passe qui occulte mal les traitements de faveurs du gouvernement pour certaines grandes entreprises privées.
La politique du gouvernement en matière de numérique se résume donc à taxer les fournisseurs d'accès en leur demandant d'investir massivement dans des infrastructures sans montrer l'exemple.
TF1 et le groupe Bouygues est d'ailleurs le centre névralgique de beaucoup de décisions du gouvernement qui impactent directement notre fournisseur d'accès, Free. L'épisode de la licence 3G en est un autre formidable exemple. Là où Free promet de faire de la téléphonie mobile low cost, le gouvernement freine des quatre fers à l'appel d'Orange et Bouygues qui promettent des plans de licenciement massifs dans le secteur de la téléphonie si Free casse les prix. L'interventionnisme de l'Etat devient clairement une entrave à la libre concurrence, ceci est assez grave pour être souligné, d'autant plus que les profits réalisés par les opérateurs téléphoniques sont tels que même avec l'arrivée de Free dans ce secteurs, ces opérateurs n'auraient aucune raison valable de licencier qui que se soit ... et quid des créations d'emploi pour Free là ou en plus ce dernier met un point d'honneur à ne pas délocaliser ces emplois comme le font déjà de nombreux opérateurs ?
De notre côté nous ne cessons de nous demander à quoi sert Mr Besson en charge de l'économie Numérique de notre pays. Un ministre fantôme, absent de TOUS les débats qui concernent le numérique en France.
Le plus dramatique dans cette histoire c'est que Christine Albanel aura bien plus marqué la politique numérique de notre pays avec l'HADOPI qu'Eric Besson pourtant en charge de ces dossiers ... entre magouilles et âneries techniques qui aboutiront à des dépenses publiques pharaoniques pour rien, la fibre optique en France risque de ne pas voir le jour avant une bonne dizaine d'années.
Nous ne trouvons pas de mots assez forts pour exprimer notre consternation et notre incompréhension. Freebre.org à maintenant deux ans, depuis 2 années nous tentons de vous distiller une information souvent critique sur une actualité des déploiements mise au point mort par Orange qui souhaite recréer son monopole sur la fibre optique en s'obstinant à vouloir évincer la concurrence en avortant toute solution technique permettant la mutualisation, ce contre l'avis de l'ARCEP, et maintenant à cause d'un gouvernement qui enchaîne bourdes sur bourdes sur les questions du numérique. Nous vous avouons que nous commençons à être sérieusement blasés de cette situation et que sans une petite lueur d'espoir dans les prochaines semaines, nous mettrons la clef sous la porte pour nous concentrer sur des projets plus prometteurs qui apportent des réponses concrètes aux besoins immédiats des internautes.
... A moins que vous aussi vous nous aidiez à lutter en mettant un peu la pression à vos élus locaux afin que ces derniers comprennent enfin que pour les entreprises comme pour les particuliers, la fibre optique changera la vie de chacun de manière bien plus substantielle que la suppression de la publicité sur les chaînes publiques.
Nous saluons par contre l'initiative de l'ARF et particulièrement la Région Ile de France pour son volontarisme concernant le déploiement la fibre optique et son engagement dans la lutte contre la fracture numérique.
