Déploiement de la fibre optique : attention, certains indicateurs passent au rouge
Après Numéricable qui a décidé de répercuter sur le prix des abonnement le coût du déploiement de la fibre optique, Orange qui a récemment décidé de geler son déploiement de fibre optique,, c'est au tour de Vivendi (SFR Neuf) de tirer la sonnette d'alarme sur les prix pratiqués par Free, trop bas selon lui.
Selon un article paru sur VUNET, un représentant de Vivendi aurait carrément accusé Xavier Niel d'être responsable du retard de déploiement de la fibre optique. Principal coupable : le prix inchangé de l'offre fibre optique de Free sur lequel les autres fournisseurs d'accès veulent absolument s'aligner, au risque de remettre leurs investissements initiaux en question (avec une offre technique pourtant moins onéreuse au déploiement pour ces derniers).
Derrière cette information qui peut prêter à sourire, se cachent certaines réalités pourtant moins reluisantes : sur fond de crise et de récession, les investissements des entreprises dans le déploiement de la fibre pourrait être impacté.
Matthieu Coutière (Vivendi) a déclaré à l'occasion des 12e entretiens organisés par l'Arcep (Autorité de régulation des communications électroniques et des postes) sur le thème Innovation, investissements et concurrence : en route vers le très haut débit, que la volonté de Free "de mettre en place une offre de 30 euros par mois a obligé SFR et Orange à revoir leur business model à la baisse", et que finalement "alors que tous les opérateurs se disaient près à investir dans la fibre optique", personne ne l'avait finalement fait, "même pas Free qui n'a pas les moyens d'investir". Alors que France Télécom et SFR tablaient plutôt sur des offres de fibre optique à 60 euros par mois.(...) "Moyennant quoi, on en appelle aux collectivités locales pour "patcher" les zones du territoire où 30 euros par mois ne permettrait pas d'arriver à un équilibre économique viable". Matthieu Coutière estime ainsi que peu de régions finalement pourront, à moyen terme, bénéficier de la fibre optique.
Xavier Niel n'a pas tardé à répondre en soulignant que Free tablait sur des marges de 60 à 70% et que ça lui suffisait, et d'enfoncer le clou :
"Vous dites que sous prétexte du bénéfice du consommateur, c'est-à-dire apporter des prix qui soient bon marché, on doit critiquer la position d'un acteur qui a apporté l'ADSL à 30 euros". Il souligne également que les 5 à 8 milliards d'euros de cash flow d'Orange lui permettent parfaitement d'investir dans la fibre optique.
Cependant, il est évident que tout ne va pas mieux dans le meilleur des mondes
Une première alerte
Si Free ne communique toujours pas sur les faits, les internautes qui attendent la fibre optique peuvent cependant commencer à s'inquiéter du calendrier. Tout d'abord, parce que Free comme Numéricable joue sur les mots et floue un peu les internautes sur le calendrier des raccordements effectifs des abonnées (à ne pas confondre avec la capacité de déploiement que les uns et les autres mettent en avant, entretenant ainsi la confusion).
Un second doute : le calendrier
L'échéance de 2009 pour laquelle Free avait promis de raccorder 70% des foyers parisiens, c'est dans 2 mois ... et à ce jour, la carte des nœuds de raccordements optiques sur lesquels sont détectés des abonnés, n'avance pas à vitesse grand V ... avec seulement 3 NRO activés sur Paris, on est très loin du compte. 2009, c'est pourtant loin de l'échéance initiale annoncée par Free
Un troisième indicateur dans le rouge : des banques plus frileuses
Trouver des liquidités pour les investissements à court terme est un autre point crucial en ces temps de crise où les banques se font très frileuses ... et juste après le rachat d'Alice par Iliad.
Pour les autres opérateurs, le constat est encore plus inquiétant, comment avec un business model plaçant des abonnements à 60 euros ces derniers vont ils pouvoir s'aligner sur Free ? le choc est sûrement plus psychologique pour SFR et Orange que financier, il va falloir prendre de l'argent là où on ne l'avait pas forcément prévu, mais c'est faisable.
Un quatrième sujet d'inquiétude : la capacité de financement des collectivités
Le déploiement d'infrastructures optiques, en raison de la nature des investissement et du coût, est partiellement supporté par les collectivités locales (Régions, conseils généraux ...). Il faut bien raccorder en fibre les villes entre elles et les investissements du passage de la fibre optique dans des zones quasi désertiques est un mal nécessaire. Mais comme pour les fournisseurs d'accès, il faudra bien un moment ou l'autre, se tourner vers les banques pour emprunter l'argent nécessaire; Là encore, les Banques pourraient très bien se montrer avares de prêts. Les mesures de dégrèvement fiscal des investissements d'entreprises annoncés par Nicolas Sarkozy suffiront elles ? Rien n'est moins sur.
Pour toutes ces raisons, nous émettons de sérieux doutes sur les calendriers annoncés par les opérateurs et en toute logique, nous attendons donc un calendrier de déploiement national plus en rapport avec les réalités et une intervention de l'ARCEP pour siffler la fin de la récréation.
